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La Roux

Elly Jackson

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La Roux photographiée par Marcus Mam

Duo électro-pop, La Roux comporte deux éléments : Ben Langmaid, producteur, partie cachée, et Elly Jackson, chanteuse androgyne captant toute l’énergie et la dynamique eighties du projet. La pop synthétique, sous influence Yazoo, Human League et consorts renaît ici. Elly se confie.

Peux-tu me dire quelques mots sur ton enfance ?
En fait j’ai toujours été un garçon manqué. J’avais l’habitude de tracer sur mon vélo, seule, dans les rues de mon quartier. J’ai eu une enfance heureuse, mes parents ont toujours été très présents. J’ai sans doute eu une enfance idéale. Et lorsque je leur ai annoncé que je voulais faire de la musique, chanter, ils m’ont tout de suite soutenue et encouragée. Tout s’est parfaitement bien passé.

Est-ce que chanter et faire de la musique était ce que tu as toujours voulu faire dans la vie ?
Oui, depuis l’âge de trois ans en fait ! Mes parents ne se sont aperçus de mon enthousiasme pour la musique que plus tard, ils ne pensaient pas que je voulais à ce point en faire. Mais à 13 ou 14 ans, c’est devenu une évidence. Et en fait j’écoutais énormément la musique qu’ils écoutaient, et j’aimais leurs choix. Beaucoup de folk, du blues, du rock. J’écoutais aussi beaucoup de musique années 80, comme Michael Jackson ou Annie Lennox, mais en fait beaucoup de choses des années 50, 40, même des années 30, je pense.

Et que fait ton père aujourd’hui ?
En fait, c’est un homme au foyer ! Mais à une époque il était acteur. Comme ma mère. Elle joue toujours dans une série télé très populaire en Angleterre, The Bill. C’est un feuilleton soap, qui dure depuis des années…

Et comment s’est faite la rencontre avec ton producteur, Ben Langmaid ?
Je l’ai rencontré via un vieil ami à lui, Jason Bacon, un ingénieur du son. C’était à une soirée du nouvel an, il y a cinq ans. On parlait, j’ai pris une guitare, je me suis mise à chanter. Il était cinq heures du matin, et il m’a dit qu’il aimait ma voix et ce que je jouais, et que je devrais travailler d’une manière plus professionnelle. Je lui ai dit que c’est exactement ce que je voulais faire. Je devais avoir 17 ans et j’avais décidé de quitter l’école pour me consacrer à la musique. Jason m’a dit qu’il fallait à tout prix que je rencontre son ami Ben, c’est comme ça que tout a commencé. La Roux n’était pas loin !

Y avait-il une idée précise avant la réalisation de l’album ? Un concept ?
Non, nous n’avions pas envie de prendre une direction et de devoir nous y tenir ensuite. Nous avons juste écrit des morceaux, et de mon côté, j’ai essayé d’exprimer mes sentiments, mes émotions. Et le résultat est là.

J’ai lu que tu étais fan absolue de David Bowie. Mais lui a souvent pratiqué les concepts pour ses différents albums…
Oui, j’adore Bowie, je l’écoute très souvent, il m’inspire beaucoup. Mais pour être honnête, je n’ai jamais eu d’idées pour conceptualiser un album, ou pour m’inventer un personnage spécifique comme lui a pu le faire tout au long de sa carrière. Je n’ai que moi, et c’est déjà beaucoup je pense.

Mais il y a forcément un côté fictif, comme on peut le sentir dans les visuels de l’album, avec les retouches sur les photos, la tonalité, la couleur…
Oui, l’image à l’intérieur du livret de l’album représente le quartier où je vis, mais avec beaucoup de retouches numériques, pour arriver à un sentiment cinématographique, comme dans Blade Runner, etc. Ça colle avec ma musique, qui est aussi assez détachée, un peu froide, avec des paroles pas forcément drôles…

Et ton image androgyne ?
Eh bien c’est juste moi, ce que je suis. Je n’aime pas m’habiller autrement que de cette manière-là, c’est-à-dire en jeans, et sans talons. Je n’ai jamais porté de robe de ma vie et je ne compte pas le faire. Je n’aime pas être féminine dans ma façon de m’habiller. Je déteste les talons aiguilles et toute la panoplie de la fille sexy. Je suis peut-être coincée, ou j’ai un problème, mais je ne comprends pas ce style.

Et sur les autres filles ?
Non, je n’aime pas ça, point barre. Je pense juste que c’est réellement ennuyeux, pour rester poli. Cela ne veut rien dire, cela n’apporte rien à la personnalité profonde de quelqu’un, cela ne donne pas une attitude plus intéressante. On peut toujours dire quelque chose sur l’apparence de quelqu’un, mais moi, quand je vois une fille en robe qui descend une rue, je trouve ça juste ennuyeux. La robe représente pour moi un type de fille que je ne comprends pas…

Et quelles marques aimes-tu ?
J’aime Moschino, Thierry Mugler, Lacroix, Versace, Yves Saint Laurent…

Toutes les années 80. Qu’est-ce qui fait que tu aimes cette décennie que tu n’as même pas connue ?
Parfois c’est dur de vraiment décrire pourquoi on aime telle chose, pourquoi on est attiré par un truc… C’est comme avec une personne : on ne sait pas pourquoi on est attiré par quelqu’un, et cela n’a rien à voir avec ce que pensent les autres, si l’on te dit que la personne que tu aimes est moche, ou sans intérêt. Quelque part tu es programmé pour aimer telle personne, comme moi je suis juste programmée pour aimer les années 80…

Et où trouves-tu les vêtements que tu portes ? Ils sont très stylés et rares…
En fait, il y a certains endroits pour trouver ces vêtements, les vêtements que j’aime et que je porte. Ce sont des boutiques de vintage, avec des fringues hyper rares. Tout ce que l’on peut trouver sur Internet ou dans les magazines ne m’intéresse pas, je n’ai pas envie de les porter. À partir du moment où tout le monde peut avoir n’importe quel truc, cela ne m’intéresse plus. J’aime les choses uniques, comme un trésor que personne d’autre ne pourra avoir. Pour les chaussures, cela m’arrive quand même d’utiliser Internet. J’avoue.

Quand as-tu décidé de te couper les cheveux ?
Il y a deux ans, j’ai commencé à les couper assez court, je ne les aimais plus en fait. Je sais que cela prend de drôles de tournures parfois, que je ressemble à un Mohican, ou que cela fait super gay, mais pour moi cela me fait penser à ce film, Blade Runner, que j’adore. Tu penses que c’est moche ?

Non, je pense que ça reflète bien ta musique… Tu parlais de Bowie, on peut aussi parler de Prince comme influence. Les as-tu rencontrés ?
Non, j’aimerais ! Mais je doute que cela les intéresse de faire de la musique avec moi. J’aime David Bowie, mais je ne pense pas que Bowie m’aime lui ! (rires)

As-tu été surprise du succès de ton album ?
Je croyais vraiment en mon album, de toutes mes forces. Mais c’est toujours une bonne surprise lorsque les gens reconnaissent et aiment ta musique. Tu espères que cela va les toucher, et donc si cela arrive, c’est une joie immense. Après cinq ans à travailler sur un album, c’est très satisfaisant !

La première fois que je t’ai entendue, c’était sur le label Kitsuné…
En fait mon manager est aussi celui de The Klaxons, et le groupe avait travaillé avec Kitsuné. Le label m’a contactée via mon manager donc, me proposant de passer un morceau sur une de leurs compilations. Ce fut Quicksand. C’était le début de l’aventure…

Travailles-tu sur de nouvelles choses en ce moment ?
Non, pas pour le moment, je suis toujours partie, je tourne… Je ne peux pas travailler sans Ben. La Roux, c’est vraiment nous deux.

Et tu as envie d’aller dans de nouvelles directions avec lui ?
Je ne pense pas, enfin, je ne sais pas mais ce serait peut-être idiot de changer radicalement de style. Il faut que nous développions ce que nous avons fait déjà jusqu’à maintenant. Et puis, il y a tellement de groupes qui font ce genre de choses, qui changent trop sur leur second album, et qui perdent leur public. Parfois, ils gagnent un nouveau public, mais perdent aussi leurs premiers fans… Enfin, j’aime trop la musique que l’on fait avec Ben pour changer quoi que ce soit, on y ajoutera sans doute de nouveaux sons, de nouvelles idées !


 

 

 

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