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Californication

Juliette Lewis



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Juliette Lewis photographiée par Patrick Fraser



Juliette Lewis reçoit Blast à domicile dans sa villa de Burbank, au nord d’Hollywood. Un quartier qui lui sied bien, tant elle est à la fois in and out du système, plus reconnue que vraiment connue.

Actrice foudroyante dans Tueurs nés, film à ce jour le plus controversé d’Oliver Stone, l’ex-it girl des années 90 s’est mise en quête de rock à l’âge de 30 ans, avec plus ou moins de bonheur quand elle forme The Licks, et avec une noirceur assumée quand elle se lance en solo, produite par un Mars Volta. Juliette passe à l’écriture, la vraie, et chante comme une Siouxsie country. Désormais elle assume tout, même le cinéma dans Whip It de Drew Barrymore, et vient de tourner dans le premier film du coolissime Mark Ruffalo, en tant que réalisateur.

Tu te sens bien chez toi, à Los Angeles ?
Je ne suis pas vraiment à Los Angeles. Physiquement, oui, mais j’habite une autre planète, lointaine, décalée, maquillée de toutes les couleurs… Aujourd’hui je suis chez moi mais je pars demain à Londres, puis à Paris, pour parler du disque et d’un million d’autres choses, puis au festival du film de Toronto, pour le film de Drew Barrymore, que j’adore, et dans un mois je démarre ma tournée US… Après je me sens bien ici, oui, ma mère n’est pas très loin, mes meilleurs amis aussi … C’est le LA côté cour, où je peux vraiment décompresser.

Un film et un disque en même temps, des tournées musicales et promotionnelles, ce n’est pas trop lourd à porter ?
Si, c’est énormément de travail mais je prends ça comme un cadeau du ciel. Je peux enfin exprimer toutes mes facettes en même temps. Le cinéma et la musique se complètent parfaitement. Le disque dévoile des choses très personnelles, des angoisses et des fantasmes, tandis que dans Whip It je suis au service des émotions de Drew Barrymore, dont c’est le premier film. J’ai vraiment le sentiment de devenir une artiste à part entière.

Le film Whip It parle d’adolescence turbulente, et ton disque est effectivement plus introspectif …
Mais le disque est turbulent lui aussi (rires). C’est vrai qu’il va chercher des trucs très noirs, très profonds, alors que le film cherche surtout à décrire un phénomène, les roller derbies, et la violence entre filles qui se dégage de ces courses… Dans les deux cas, le film et le disque, je cherche la même chose, à tenir debout ; ce qui revient pour moi à défier frontalement la gravité.

Tu as du mal à tenir debout ?
(Rires) Non mais j’ai du mal à me fixer un cap. Tu sais, je ne suis pas passée loin du dernier souffle, quand j’avais 22 ans. Overdose. Mais j’ai su trouver l’énergie pour me battre et revenir. J’ai besoin d’imaginaire, que ce soit le mien ou celui des autres, comme ce film bizarre de Mark Ruffalo dans lequel je viens de tourner.

Aujourd’hui tu n’as pas l’air très angoissée…
Je transforme tout grâce à la musique.

Le premier morceau de l’album fait penser à Siouxsie and The Banshees.
On me le dit tout le temps ! Je ne la connais pas. En fait pour cette intro, j’ai simplement pensé à une petite fille bloquée dans un tunnel en train de crier… C’est cathartique pour moi, qui ai toujours l’impression d’être comme Le Petit Prince dans le monde de Mad Max 2 (rires)… Je suis obsédée par l’innocence, surtout quand celle-ci est mise à l’épreuve. L’innocence quand on ne fait rien, ça n’a pas de sens.

Tu as tourné deux films en même temps, réalisés par deux acteurs, Drew Barrymore et Mark Ruffalo. Est-ce que tu t’es sentie lâchée par le milieu du ciné ?
Oh oui! Quand j’ai commencé à faire du rock et qu’ils ont vu que je n’allais pas stopper une tournée pour aller tourner trois scènes minables, le milieu s’est retourné contre moi. En même temps, ils m’ont toujours prise pour une freak, et leur regard n’a pas changé aujourd’hui. Mais il y a toujours des gens , comme Drew et Mark, sur qui l’on peut compter et je ne pense pas les avoir déçus !

La musique est donc devenue prioritaire pour toi.
Oui, mais tu vois, si les films m’intéressent je peux m’organiser pour tout faire. Ce n’est pas la question. Simplement, quand j’ai démarré Juliette & The Licks, je n’ai pas pensé faire un week-end gig, je savais que je voulais aller jusqu’au Brésil avec ça. Et on l’a fait ! J’ai joué avec Radiohead lors d’un festival à Sao Paulo devant 50 000 personnes, j’ai réalisé mon rêve.

Tu crois en Dieu ?
Je crois en dieux. Avec beaucoup d’intérêt pour les dieux indiens et les dieux grecs. Mais je crois surtout en une connection de tous les humains qui ont une belle âme et que tu retrouves toujours dans les situations difficiles. Il faut croire. Sinon la vie devient une machine à carte bleue et l’on meurt tous d’ennui.

C’est le sens de ta chanson All is for God ?
Oui, c’est une chanson d’amour. “I can’t leave you but I can’t love you”… La spiritualité, ici, est un recours, une sortie… Un peu comme Ghosts… Merci de parler de cette chanson. C’est la plus froide que j’aie jamais écrite et chantée. Il y a des morceaux plus groovy dans l’album comme Fantasy Bar mais c’est de Ghosts dont je suis la plus fière… Ce morceau me glace à chaque écoute.

Où est cette Terra Incognita ?
Dans ton cœur. Il ne faut pas aller chercher l’inconnu à l’autre bout du monde. Parler avec une fille dans un endroit nouveau, c’est la terra incognita. Faire de la moto sans casque et sans direction, en plein désert californien, donner rendez-vous à un écureuil à deux têtes, tout ce qui a priori est absurde, inconfortable, mais se révèle vital est totalement terra incognita.

 

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