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Fire Burning Rain

Jihae

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Jihae photographiée par Magnus Unnar, stylisme Avena Gallagher

Phénomène sensuel, visuel et mélodique, la belle chanteuse Jihae se livre à l’objectif de Magnus Unnar.

Jihae remarquée à la Biennale de Venise où elle participait à l’installation vidéo de Gerald Byrne, filmée par Christopher Doyle, termine un film coréalisé par Michel Auder, 7001 Nights, et publie un nouvel album, Fire Burning Rain. Vraissemblablement l’album de la consécration deux ans à peine après Elvis is still Alive, son deuxième album quelque part entre les premiers films de Jarmush et les mélopées de Mazzy Star. À son actif, elle a aussi réussi à faire jouer Michel Gondry à la batterie (en écho à la première vie du réalisateur, un temps batteur du groupe Oui-oui) et a signé la musique du court-métrage de Rajan Mehta présenté au dernier Festival de Cannes (le court faisant partie d’un film collectif intitulé One Dream Rush). Jihae ou l’excellence multipolaire.

Ta musique mêle plusieurs styles très différents. Nous sentons des inspirations de Nina Simone, Bob Dylan et même Grace Jones. Ce sont tes influences ?
Mes influences musicales sont très vastes. Ma mère m’a enseigné des chants folkloriques coréens et des chansons d’Église lorsque j’ai appris à parler, à 9 mois. Enfant, il y avait beaucoup d’opéra à la maison, car ma mère était chanteuse d’opéra. J’ai aussi fréquenté un internat religieux où il était interdit de danser ou d’écouter de la musique “profane”. Ma sœur, qui a été dans un internat plus libéral, m’envoyait des cassettes de Pink Floyd, Simon and Garfunkel, Peter Gabriel, Sting, etc., qui ont eu un effet très salvateur. À 16 ans, je suis allée chez Papa Jazz, un magasin de disques d’occasion en Caroline du Sud, afin d’y trouver un cadeau d’anniversaire pour ma sœur à New York, je savais que son artiste favorite était Nina Simone. J’ai donc acheté un de ses CD, et je l’ai écouté avant de le lui expédier. Sa voix m’a fait frissonner. Je pensais d’abord que c’était un homme qui chantait. J’ai été surtout touchée par la charge émotionnelle, plutôt que par la beauté de sa voix, ou des mélodies…

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire de la musique ?
J’ai appris un jour qu’on pouvait faire de la musique sans avoir reçu de formation académique. Je cherchais quoi faire de ma vie, et la musique me semblait être un moyen d’évasion. Puis un jour, j’ai trouvé un sens profond et un sentiment de liberté dans la composition. Mon cerveau a intégré la musique comme un besoin vital, une fonction corporelle…

Tu vis à New York. Qu’est-ce qui t’inspire dans cette ville ?
Il y a tout d’abord la diversité. Tant de visages, tant de chemins… Ça vous tient éveillé. Le métro new-yorkais est sans doute le meilleur endroit pour observer le monde. Et enfin ce sont les artistes qui font cette ville, même s’il y a de moins en moins d’espace disponible pour aller les voir…

Michel Gondry a collaboré à ton premier album My heart is an Elephant. Comment s’est passée cette rencontre ?
Michel et moi avions des amis en commun à l’époque. Je savais qu’il était batteur, je lui ai donc demandé s’il accepterait de jouer sur une de mes chansons. Je lui ai donné un tambour à timbre, un bol en argent, quelques ustensiles de cuisine, et quelques éléments percutants que j’ai trouvés dans mon appartement, et je l’ai enregistrée avec deux micros sur ma Mbox2.

La dimension cosmopolite de ta carrière a-t-elle influencé tes paroles ?
Si j’étais fermière, écrirais-je la même chose ? Oui, je pense. Tant que tout le monde continue à aimer et à être aimé.

Tes chansons ont quelque chose de très poétique. D’où vient cette mélancolie et ce côté sombre ?
Tout le monde a un côté sombre. Environ 5 à 6 milliards d’humains survivent durement à cause de la pauvreté, de la guerre, et des maladies. Il est normal que cette sombre réalité ait des échos sur le million qui ne souffre pas et dont je fais partie.

Et ton nouvel album ?
Fire Burning Rain est plus sophistiqué que les précédents, mais en même temps très organique. J’ai essayé d’appréhender chaque chanson avec plus de profondeur. Je demande à la chanson ce qu’elle veut, et je fais de mon mieux pour qu’elle soit heureuse. L’idée était de placer des instruments et environnements sonores pour dériver leur fréquence, leur couleur et refléter le sens et l’ambiance des chansons.

Le titre de l’album est Fire burning rain. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Cela représente deux forces qui s’opposent, et leur incapacité à s’équilibrer. La pluie devrait arrêter le feu, mais la pluie fait brûler le feu encore plus fort.

Tu sors un album le 7 juillet 2010, et tu as fait un film, 7 001 Nights, avec l’artiste Michel Auder. Pourquoi le 07/07 ? Les chiffres sont importants pour toi ?
7 001 Nights n’a rien à voir avec ma date de sortie. Michel a trouvé ce titre avant que je réalise que je serais incapable de sortir l’album cet automne. Les raisons pour lesquelles je sors les singles les 11/11/09, 02/02/10, 03/03, et 04/04, est parce que ce sont des dates faciles à retenir. Et comme je sors ma musique de façon indépendante, sans budget propre à la promotion, les chiffres aident. Mais ma passion pour les nombres est plus un jeu d’enfants que quelque chose de très bizarre (rires).

Que se passe-t-il en 7 001 nuits ?
La vie se passe dans les rêves comme les rêvent se passent dans la vie.

Dans une interview pour Blast, Michel Auder a déclaré que la femme était une “moitié nécessaire” pour lui ?
7001 Nights est un film produit, réalisé et interprété à quatre mains. Je ne sais pas ce que voulait dire Michel par “moitié nécessaire”, mais il y a certains éléments dans lesquels je deviens lui. C’est une semifiction sur ma vie inspirée par Michel Auder et Gregory Corso.

Tu es apparue dans plusieurs campagnes… La mode compte pour toi ?
Dans ma vraie vie, la mode se limite à ne pas porter de robe fleurie à des funérailles, et à éviter des dreadlocks qui ne m’iraient pas. J’ai des goûts spécifiques et j’aime certains modèles, mais quelle importance ? Il y a ceux qui font du divertissement, puis il y a les artistes. Si vous êtes artiste, c’est l’art qui est important, et non le corps.

Et tes projets ?
J’ai sorti un single le 11/11/09. Je travaille sur la couverture de l’album, qui sera peinte par Spencer Sweeney et sur le clip vidéo réalisé par Rajan Mehta. Je dois finir 7001 Nights avant la fin de l’année et je rêverais de faire une tournée en Europe l’année prochaine.

 

 

 

 

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