Ils n’ont pas eu froid aux oreilles. Chanter en hébreu sur une musique s’inspirant largement des standards africains (jazz éthiopien, rumba zaïroise) tout en venant de Los Angeles, c’était risqué, pas question de se planter et de réveiller les épouvantails incultes opposant, pour faire simple, l’axe américano-sioniste (pure invention) aux fondamentaux de l’Afrique Noire. Composé d’une douzaine de membres “honoraires” et de six membres “permanents”, Fool’s Gold ignore ces clichés et produit la première musique véritablement globale, sans frontière ni tabou, mais toujours avec un indéfectible besoin de danser et faire danser. C’est à Paris, ville où selon la légende l’hébreu moderne a été créé par Eliezer ben Yehuda à une terrasse de café, que nous rencontrons Luke Top et Lewis Pisacov, les deux fondateurs de ce collectif qui ne cherche qu’un seul or, qu’un seul miel : l’émotion absolue.
Vous venez de jouer à Paris et au printemps de Bourges, vous venez d’enregistrer live à la Maison de la Radio, que diriez vous du public français ?
Luke : C’est le meilleur du monde. Bonne réponse, non ?
Lewis : Jamais nous n’avons eu une foule aussi pleine d’énergie qu’à la Bellevilloise et au printemps de Bourges, vraiment, tout le monde danse, les bras en l’air… C’est formidable.
Luke : Nous jouons tous les lundis à l’Echo, un club d’Echo Park à LA, et c’est vrai que l’accueil est un peu moins spectaculaire (rires).
Lewis : Sans doute parce qu’à L.A les morceaux ne s’arrêtent jamais, on joue en continu !
Savez-vous que l’hébreu moderne a été “retrouvé” à Paris ? C’est le maire Bertrand Delanoë qui dit ça.
Luke : Ah bon ?
Lewis : Tant mieux si les liens de Paris sont forts avec l’hébreu, qui est la plus belle langue du monde.
Luke : Paris a surtout des liens avec l’Afrique. Pas toujours très clairs, d’ailleurs (rires).
Certains mauvais esprits incultes opposent toujours Israël à l’Afrique …
Luke : C’est méconnaître l’Abyssinie. Et les falashas, les Juifs éthiopiens, qui mettent tout ça par terre…
Qu’avez vous pillé aux Africains, alors ?
Lewis : Ali Farka Touré, Mahmoud Ahmed, Congo Bongo Man…
Comment les Africains reçoivent votre musique ?
Lewis : Tous ceux qu’on a rencontré sont très enthousiastes, aussi enthousiastes que nous lorsque nous découvrons des Africains qui jouent avec le format pop !
Luke : L’histoire de la musique est un dialogue. La musique africaine n’est pas isolée : beaucoup d’instruments circulent d’un monde à l’autre, ils ont pris des guitares électriques et des batteries, et nous des yukulélés et des marimbas (rires)
Lewis : Avec Internet, il n’y a plus de frontières, ni physiques ni culturelles. Plus personne ne peut dire ceci est “ma” musique, “mon” instrument. C’est un aspect positif de la globalisation.
Luke : Nous allons bientôt tourner en Afrique et c’est le projet qui nous excite le plus.
L’Afrique vous est venue comment, à Los Angeles ?
Lewis : Mes parents écoutaient surtout du reggae, donc pour moi jouer cette musique c’est comme retomber en enfance.
Il y a toute cette scène, avec Vampire Week-End et the Very Best, dont on ne reparlera pas (rires).
Lewis : Merci ! Tout le monde nous bassine en permanence avec ces comparaisons.
Luke : Le vrai phénomène, c’est Obama.
Lewis : Si John Mc Cain avait été élu, je ne suis pas sûr que l’on perçoive notre musique exactement de la même façon. Nous aurions été de “mauvais Américains”.
Luke : Alors que nous essayons seulement d’être de bons musiciens.










