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On va l’aimer

Arnaud Fleurent-Didier



blast-afd-by-MILO-McMULLEN

Aranud Fleurent-Didier photographié par Milo McMullen



Quand nos petits-enfants nous crieront dans les oreilles en 2040: “Dis pépé, comment c’était en 2010 ?” on pourra leur répondre avec beaucoup de sérénité: “C’était de la merde. La politique puait du bec. La course à l’argent et au pouvoir était obscène. La musique était devenue folle. Seul un type chantait des trucs qui nous mettaient tous d’accord.”


Jusqu’à nos jours, tout allait bien et le monde était divisé en deux catégories: ceux qui ont un flingue et ceux qui creusent. Mais voilà, tout s’est effondré à la vitesse de la lumière. Celle des projecteurs du buzz, qui ont fait péter la centrale de la branchitude. Désormais, on mettra à gauche ceux qui connaissaient Arnaud Fleurent-Didier “avant” et à droite ceux qui l’ont découvert avec La reproduction. Les premiers n’en peuvent plus de se vanter de posséder les albums de Notre Dame (précédent pseudo du jeune homme), les Chansonpoches (cédés mono-tracks au format carte de visite), ses duos avec l’éphémère chanteuse Ema Derton (son ex dans la vie), les 33-tours de Pierre Vassiliu (un de ses héros) et surtout le premier album, Portrait du jeune homme en artiste. Leur drame : se sentir dépassés par un engouement surnaturel pour leur chouchou, dont la préciosité vocale et la sensibilité artistique paraissaient le mettre tout à fait à l’abri d’une chute

de hype.
Il aura suffi d’un haut-parleur aussi puissant que celui de la major Sony-BMG et d’un morceau universel, ‘iFrance Culture’, pour qu’Arnaud franchisse le pont qui va de la reconnaissance à la gloire. Dans ses précédents disques, il réglait ses comptes avec lui-même. Aujourd’hui il s’attaque à ceux qui l’ont mis au monde et monte le procès à la patrie, à la famille et au travail que toute une génération attendait depuis juin 68. Toute une génération à qui on a dit que la drogue était dangereuse, qui va au cinéma pour s’oublier, qui croit qu’un risotto va impressionner une fille, qui s’interroge sur le passé de ses grands-parents, qui se sent imbécile quand elle aime, qui ne mélange pas foot et patriotisme, et qui réinvente sa vie au gré des chansons à la radio. Par une petite porte, avec une musique de niche, accompagné sur scène par un duo de sirènes, Arnaud s’est incrusté au cœur des oreilles de son pays. Le retour de bâton sera violent, forcément, mais la suite nous passionne d’avance.



 

 

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