Prolixes et talentueux, nos créateurs se jouent des codes réservés aux dressings masculins. L’occasion, pour ce numéro spécial hommes, de nous dévoiler leur définition même du style.
VIKTOR & ROLF
Conquise depuis l’entrée fracassante de ces Néerlandais sur la scène de la Haute Couture parisienne en 1998, la presse française s’enthousiasme encore pour Viktor Horsting & Rolf Snoeren, passés maîtres dans l’expérimentation et les surprises mémorables.
Quelles sont les différences entre dessiner pour un homme ou pour une femme ? — Il s’agit, bien sûr, de différents processus techniques dans le choix des tissus, des couleurs pour chaque saison, pour chaque modèle… également dans la différence inhérente entre ce qui est masculin ou féminin. Pour chaque collection, nous partons d’une toile blanche à partir de laquelle nous travaillons, c’est la partie la plus intéressantes de notre travail.
Lorsque vous travaillez sur une collection, pensez-vous à une personne en particulier ? — En fonction des saisons et des collections, nous optons pour différents concepts comme points de départ. Mais, en général, la femme et l’homme Viktor & Rolf sont des personnalités fortes et influentes à travers lesquelles nous exprimons l’émotion de chaque saison. Nous avons eu la chance de travailler avec des icônes incroyables pendant des années qui ont été nos véritables sources de création : Tilda Swinton, Shalom Harlow, Grace Jones, Tori Amos, Alison Goldfrapp. Le talent de Rufus Wainwright nous a toujours beaucoup inspirés. Nous aimons ces personnalités totalement originales qui imposent leurs propres règles esthétiques.
MATTHEW WILLIAMSON
Ami des stars les plus en vues de la planète depuis ses débuts remarqués en 1997, le styliste anglais imaginait en 2009 déjà, pour H&M, une collection capsule destinée aux hommes. Des inspirations comblées depuis avec le lancement, l’été dernier, de sa première collection éponyme : entre esprit bohème, détails funky et délires psychédéliques.
En quoi est-ce différent d’élaborer une collection femme d’une collection homme ? — Les procédés de conception pour l’homme comme pour la femme sont quasiment les mêmes. Une collection féminine a tendance à être plus diversifiée en termes de concepts, de choix des matières, de palette de couleurs et tout ce qui concerne la réalisation d’une silhouette. Pour une collection masculine, l’on se montre plus inventif sur les détails d’une silhouette déjà forte. Je porte avant tout le monde les prototypes. Je sais ainsi comment les hommes peuvent se sentir et se conduire dans mes vêtements.
Lorsque vous travaillez sur une collection, pensez-vous à une personne en particulier ? — Je n’ai pas forcément une personne spécifique en tête lors de la composition d’une collection ; je trouve même que cela peut limiter énormément le travail. Désormais, mes clients sont tous différents et une collection doit être large pour séduire cette cible. Cependant, j’imagine vraiment ce que désire une femme qui veut être exceptionnelle : elle est originale, extravertie et veut se faire remarquer. Je l’imagine avoir aussi un sérieux sens de l’humour, voire un esprit bohème.
KRIS VAN ASSCHE
Successeur d’Hedi Slimane chez Dior Homme depuis 2007, le designer belge s’applique à moderniser sérieusement les classiques masculins pour sa propre marque Kris Van Assche. Que ce soit pour l’illustre marque parisienne mais aussi pour sa ligne en nom propre, il campe un style urbain tout en détails et jeux de coupes.
Selon vous, quelles sont les différences entre dessiner pour un homme ou pour une femme ? — Les différences s’estompent au fur et à mesure que la mode évolue. Les hommes sont devenus tout aussi exigeants sur la modernité, les finitions, la qualité, les matières… Tout comme pour les vêtements pour la femme : la silhouette peut être structurée ou totalement fluide.
Lors de l’élaboration d’une collection, pour qui dessinez-vous ? — Je suis mon premier client pour la marque Kris Van Assche. Je commence chaque saison avec une petite “wish list”. C’est ainsi que j’ai rêvé de lancer ma marque, car je ne trouvais pas chez les autres ce dont j’avais envie. C’est toujours le cas d’ailleurs, même si souvent, il m’arrive de penser à des amis, voire à des inconnus croisés dans la rue ou vus dans des livres. J’ai aussi un homme Kris Van Assche dans la tête, une sorte de muse non existante. Comme le personnage d’un film que j’ai envie d’écrire.
Fidèle à son mystérieux créateur parti en 2009 vers d’autres horizons, la marque, créée en 1988, poursuit son bel envol grâce à un collectif de créatifs aussi passionnés qu’énigmatiques.
Quelles sont les différences entre dessiner pour un homme ou pour une femme ? Masculinité vs féminité. Conformité vs contraste. — Chaque membre de notre équipe a sa propre vue sur la question. Mais, la principale différence demeure sans doute la taille. Plus généralement, les femmes portent certains types de vêtements tandis que les hommes vont vers d’autres. Cependant, ce n’est pas parce qu’un vêtement est sexué à l’origine que l’autre genre ne peut le porter sans justement conserver l’expression de son sexe. Pour notre collection masculine, notre approche est davantage liée à une sensibilité qu’à l’expression créative d’un créateur en particulier. Notre intérêt se concentre sur les détails d’une construction et les matières de chaque pièce plutôt que sur ceux d’une silhouette et du stylisme. Nous sommes convaincus que l’expression vestimentaire de notre clientèle masculine tend vers une version moins radicale et plus introvertie que celle observée par la gent féminine.
Au moment de l’élaboration d’une collection, pour qui dessinez-vous ? — Plutôt pour un esprit que pour un homme. Celui qui apprécie notre point vue sur les vêtements. Celui qui sent une certaine communion d’esprit avec ce que nous faisons. Celui qui est doté de cette liberté liée à la connaissance de leur propre style. C’est-à-dire un style qui utilise de la meilleure manière possible les vêtements que nous proposons, comme matière première à leur expression vestimentaire.
BALLY
Nommés à la direction de la création de la maison Bally en 2010, après le départ du charismatique Brian Atwood, le tandem Graeme Filder et Michael Herz entend apporter sa dose de modernité à la marque née en 1851. Doucement, mais sûrement…
Cette nouvelle édition de Blast est consacrée aux hommes. Que pensez-vous de cette nouvelle génération d’hommes qui aiment s’habiller ? — Certains hommes semblent avoir une meilleure compréhension de la mode. Il est aujourd’hui possible de s’habiller confortablement en restant toujours présentable. Mais il n’y a pas que les jeunes générations qui ont intégré ce changement : les hommes de tous âges sont en train de se rendre compte que le fait de porter un costume n’est pas la seule façon d’être élégant.
Quelles sont les personnalités masculines qui vous inspirent ? — Nous nous inspirons l’un de l’autre. Notre style est approximativement le même, simple et de bon ton mais nos personnalités sont assez différentes et pour avoir travaillé ensemble pendant sept ans, il est évident que nos goûts personnels et professionnels se mélangent. Nous aimons l’inventivité et être dans des environnements créatifs, prenant l’inspiration de toutes parts : mots, images, personnes et lieux. Il est donc impossible d’élire quelqu’un ou quelque chose aidant spécialement à la création.
L’intégralité des interviews à lire dans le nouveau numéro de Blast, en kiosque !













