Design // Architecture

Pritzker Prize

Vu de l’intérieur


Blast_Hisao Suzuki

photo Hisao Suzuki


Le New Museum de New York, c’est eux. L’immeuble Dior à Tokyo, aussi. Le futur Louvre Lens ou le projet de rénovation de la Samaritaine seront également signés Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawo, co-fondateurs de l’agence SANAA, heureux lauréats du Pritzker Prize à Ellis Island.

450 personnes en smoking, décolletés pailletés et talons aiguilles se pressent au bord de l’eau à Battery Park, s’alignent et se prêtent au jeu des portiques de sécurité et fouille de sac à main : étrange vision new-yorkaise en cette fin de lundi. Parmi eux, Ryue Nishizawo et Kazuyo Sejima, vêtue d’une robe noire rembourrée offerte par Rei Kawakubo, son amie de génie, créatrice de Comme des Garçons. Anonymes et effacés, comme seuls les japonais peuvent l’être, ils se dissipent parmi une foule d’américains enthousiastes à l’idée d’embarquer pour aller dîner sur Ellis Island, haut lieu de l’immigration new-yorkaise pendant près d’un siècle. Drôle de lieu pour une récompense au sommet… et pourtant, comme le soulignera Tom Pritzker, “Ellis Island symbolisa, des années durant, la prise de risque individuelle et l’ouverture d’esprit d’une nation”. Débarqué du ferry pour gagner le bâtiment en brique, on découvre un immense hangar, des malles empilées d’un autre temps et des diagrammes expliquant l’évolution de la politique d’immigration. Quel rapport avec l’architecture contemporaine ? Aucun, a priori. Mais cocktails et petits-fours aidant, Ellis Island devient “charming” and “So Marvellous” !
Au premier étage, dans une immense salle voûtée d’un seul tenant, des tables rose-satin et des bouquets de pivoines. On y déchiffre les noms manuscrits de Renzo Piano, Thom Mayne, Richard Meier, Franck Gehry, Glen Murcutt, Jean Nouvel, Hans Hollein, Kevin Roche. Le G8 de l’Architecture mondiale semble s’être donné rendez-vous dans ce refuge en marge de Manhattan pour récompenser une “architecture dématérialisée, transparente et d’une pureté qui dessine à elle seule une nouvelle voix pour le futur de l’architecture contemporaine”. Tout comme Ellis Island symbolisait, à l’époque, le point d’entrée vers un eldorado, vers un monde de tous les possibles.
Après les honneurs et discours habituels, Ryue Nishizawo et Kazuyo Sejima prennent la parole de manière discrète, se confondant en remerciements. S’effaçant presque devant leur récompense. Mimant mot pour mot leur parti pris architectural. De retour vers Manhattan à bord du ferry, la silhouette lumineuse de Wall Street semble glisser à la surface de l’eau. Devant moi, le dos brodé de noir de Kazuyo Sejima disparaît avec élégance dans la nuit.

 

 

 

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