Design // Design

Triennale 2010

Rencontre exclusive

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Invités du Triennale Design Museum 2010, Alessandro Mendini et Pierre Charpin se glissent successivement dans la peau de curateur et de scénographe pour raconter leur propre version de ce qu’est “le design italien”.

Après le duo Peter Greenaway et Italo Rota, le Triennale Design Museum, à Milan, accueille Alessandro Mendini et Pierre Charpin à investir ce laboratoire en mutation permanente et à vocation “anti-muséale”. Qu’est ce que le design italien ? C’est par plus de 700 objets, provenant de tous univers, que Mendini laisse à chacun le soin de trouver une réponse. Pas évident dans une exposition sur le design italien qui refuse toute catégorie et chronologie étalant, sur des estrades à 30 cm du sol, des objets aussi divers et éloignés entre eux que peuvent l’être une lampe de Gino Sarfatti et une chaussure Geox, un tableau de Morandi et la canne d’un berger des Abruzzi, un faux David et un poème de Catulle… Pourtant, on se rend compte en traversant les salles du musée, essayant de naviguer dans ce fleuve d’objets, que cet étrange assemblage ne renseigne pas sur “le design italien” de façon disciplinaire, académique ou scolaire… “Les choses que nous sommes” raconte une autre histoire, d’autres histoires… Histoires d’hommes, de femmes, d’enfants, de paysans, industriels, raffinés, vulgaires, solitaires, politiques… Un million de vies diverses mais toujours et invariablement vécues parmi les objets.

C’est cette dimension relationnelle qui nous entraîne dans “les choses” choisies par Mendini et mises en espace par Charpin. Parfois pour nous replonger de façon violent et vertigineuse dans un monde révolu, oublié. Parfois d’une façon délicate, nous prenant à témoin de la poésie de mille quotidiens divers, familiers et inconnus à la fois.

Le portrait incertain d’une Italie multiple se recompose. Il garde en soi le flou  d’un souvenir d’enfance, la précision d’un document d’histoire, il oscille en permanence entre l’intime et le public, l’espace privé et secret et celui des auto-représentations collectives. Pris dans ce mouvement contradictoire, le spectateur avance, rassuré par la proximité des choses “à portée de main”, perdu par cette nouvelle insoupçonnable distance qui  rend ces mêmes choses si profondément autres…

Des choses
Pierre Charpin : “Il s’agit d’un reccueil raisonné d’objets posés l’un à côté de l’autre… Des objets qui sont comme des étoiles filantes, qui arrivent des lieux differents et des situations independants l’une par rapport à l’autre, mais absolument motivées par une signification. Chacun de ces objets a une histoire… Mis ensemble, ces objets créent des relations, des signes, des informations complexes… Placés l’un à côté de l’autre, ils forment une vision, un musée, un organigramme possible.”

En marge du design “officiel”
Alessandro Mendini : “Dernièrement, le design officiel s’est aplati dans une forme d’hédonisme et dans un éclectisme stylistique. Ce musée sélectionne et choisit des objets appartenants à une vie parallèle à celle du design institutionnel… Le résultat du produit est très particulier, déconcertant et inédit par rapport aux schémas typiques du design. Tout ce qui reste au-dehors garde quelque chose de pur, comme un cheval sauvage pas encore dompté… C’est sur ce terrain qui peut naître une nouvelle utopie humanistique.”

La proximité de l’objet
Pierre Charpin : “Mon idée était de créer un dispositif où tous les objets soient sur le même niveau (30cm du sol) sans aucune hiérarchie que ce soit de la vaisselle, des tableaux, des livres, des lampes… en essayant de proposer une vision presque à vol d’oiseau de ce paysage.
Une vison du dessus crée dans le même temps une distance avec l’objet (il n’y a presque aucune vision frontale) et une proximité car l’objet reste toujours à portée de main. Cette proximité distante exprime un changement dans l’objet qui, objet d’usage, devient objet regardé.”

Des “choses” Italiennes?
Pierre Charpin : “Oui, il s’agit de choses italiennes. Il y a quelque chose dans le choix qui donne une idée assez large du territoire. Il y a des objets liés à l’économie industrielle du nord, des objets du sud plus marqués par la tradition… On est devant un territoire très vaste et on sent qu’il est encore traversé par la diversité, quelque chose qui me fait penser à la richesse des dialectes de l’Italie, une unité pas figée, très ouverte…
Je retrouve une profonde humanité capable de s’accepter, d’accepter avec joie ce qu’elle est. Le grotesque, le “provincial”, trouvent droit d’existence et toute  leur beauté, comme dans le cinéma de Fellini.”

Des objets très peu technologiques
Alessandro Mendini : “Je cherche une vision un peu éloignée, un peu floue du design italien…Une prise de distance mais pas par rapport à son sens profond, mais par rapport à son styling qui me paraît de plus en plus superficiel… Le bien-être des gens n’est pas lié aux innovations techniques, mais à un juste déroulement des choses… Pour étudier le nouveau je cherche dans ce qui a été déjà vécu, dans les gestes éternellement répétés à l’intérieur de chacun de nous…”

 

 

 

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