
Matthew Barney, Drawing Restraint 15, 2007
Visiter une exposition de Matthew Barney, c’est en général plonger dans un monde baroque, loufoque, coloré, réinterprétant les formes les plus étranges qui ont pu être imaginées de l’antiquité jusqu’aux films de SF.
Le prestigieux Schaulager de Bâle se consacre pourtant à une autre série de l’artiste américain : les Drawing Restraint, que l’on pourrait traduire par dessins contraints, retenus, empêchés. Moins spectaculaire que les Cremaster, cette autre série, débutée alors qu’il était encore étudiant à Yale, n’en démontre pas moins toutes les obsessions de l’artiste et peut-être avec davantage de sincérité. Le corps en est le propos central, le corps souffrant, transformé, contrit, abîmé… Ça n’est d’ailleurs pas un hasard si les dessins de Matthew Barney sont mis en parallèle des feuilles de Dürer ou de Holbein le Jeune traitant de la souffrance du Christ. Ses sculptures sont associées à des toiles de Cranach l’Ancien, représentant un Christ aux épines, ou de Hans Baldung Grien, sur la thématique de la mort. Car l’ensemble de l’exposition et du travail de Barney traite des passions humaines, forcément tragiques. En 1987, il conçoit son premier Drawing Restraint à travers une performance dans laquelle il grimpe dans son studio et trace son dessin dans une tension maximale, retenu par un fragile élastique. Se plaçant dans la lignée des Vito Acconci et Joseph Beuys, il étudie ainsi cet espace de contradiction entre créativité et contrôle, entre désir et répression. Ancien sportif de haut niveau, il accorde une attention particulière à la musculature des corps et à la tension de l’effort. I l aspire à une forme de transcendance qui ne peut-être s’accomplir qu’à travers une stricte discipline. Comme le montrent ses films, pour dessiner, il grimpe sur les murs des musées, immortalise le plafond grâce à des sauts sur un trampoline ou s’harnache sur un bateau voguant devant New York… L’exposition permet aussi de revoir le Drawing Restraint 7, qui avait été présenté à la Biennale de Venise en 1993 et initiait une autre facette de son travail avec l’apparition des satires. La Grèce antique est alors transportée dans Big Apple. Car de l’Arcadie à Manhattan, il n’y a toujours eu qu’un pas pour Matthew Barney.




