En vrai nihiliste, Paul McCarthy bouscule les repères avec l’énergie dévastatrice de sa dernière œuvre monumentale présentée à Milan.
Cette puissante mise en scène est l’aboutissement inabouti de sept ans de travail… Pig Island, de l’artiste Paul McCarthy, orchestre une plateforme mouvante où la matière – boue, chocolat, plastique – prend forme, se défait, puis redevient forme… Dans ce perpétuel mouvement de création, les morphologies dominantes sont celle de l’homme et du cochon. Métaphore caustique d’une société marchante et spectaculaire, l’œuvre de McCarthy ne limite pas son langage à la syntaxe plastique offerte par le spectacle. Le grotesque chez lui dépasse l’imagerie pop trouvant matière autant dans l’art conceptuel que dans la bande dessinée, dans la psychanalyse ou dans les soap-opéras.
De Kooning et Mickey sont ainsi les personnages d’un même théâtre où se joue toujours la même farce délirante et orgiastique. “Certaines figures sont réalistes, d’autres abstraites et déformées, ou encore réduites en bouillie. Les hommes deviennent cochons et les cochons hommes en boue… L’œuvre est dans une fluidité permanente : nous avons l’impression qu’elle est achevée mais elle ne l’est jamais. Elle prend une direction pour la changer aussitôt…”
Dans le livre X de L’Odyssée, Homère raconte l’histoire de Circé la magicienne qui transforma les compagnons d’Ulysse en cochons… Pig Island suggère ici la fragilité des frontières entre l’homme et l’animal, la culture et la barbarie.










