Découvert par Steven Spielberg à l’âge de quatorze ans, Alden Ehrenreich irradie de candeur et d’optimisme le Buenos Aires bohème en noir et blanc investi par Francis Ford Coppola dans son nouveau film Tetro.
Revenant à ses amours et à ses passions torturées de jeunesse, Francis Ford Coppola joue son va-tout sur Tetro, un conte intime et esthétique qui révèle Alden Ehrenreich, jeune acteur au look de lycéen dissipé. Alden incarne le rôle de Bennie, un marin venu en Argentine retrouver son frère, campé par un Vincent Gallo au sommet de son intensité et de ses tourments. Rencontre avec cet étudiant en art dramatique à l’université de New York et nouvel espoir d’hollywood.
Dès la projection du film à Cannes, tu as du faire beaucoup d’interviews et de photos… Comment tu vis cet engouement général de la presse autour de toi ?
Oui, ça peut m’arriver de jouer le jeu et d’y prendre goût, ça dépend toujours du genre de presse que je fais… Mon sentiment à propos des médias, c’est que ça peut vraiment être passionnant quand j’ai l’impression de participer à quelque chose de créatif, de faire un vrai travail qui accompagne le film. C’est la même chose pour les interviews. Il m’est arrivé de sentir que le but de l’entretien était juste de recueillir des propos, des citations, et d’autres fois il s’agissait d’une vraie discussion.
La légende dit que tu as été repéré par Steven Spielberg. Qu’est-ce que tu as fait pour attirer son attention ?
Avec mon pote Johnny, on avait fait un petit film de quelques minutes où on me voyait courir dans tous les sens et manger des saletés… On fait tout le temps des vidéos comme ça où on déconne et on se ridiculise. Une amie nous a demandé d’en créer une pour sa Bat Mitzvah. On l’a fait, et ce qui est très drôle c’est que nos parents ont vu cette vidéo avant qu’on la montre… Je me souviens de ma mère qui me disait qu’elle avait vraiment honte que je présente ce film, que j’avais l’air stupide… Mais ça m’était complètement égal, alors on l’a diffusé le soir de la fête, je n’étais pas là mais Steven Spielberg était présent et il avait apparemment trouvé ça très drôle. Le lendemain, j’ai reçu un appel des studios DreamWorks pour fixer un rendez-vous. C’est là que j’ai eu un agent et que j’ai commencé à travailler.
Est-ce totalement le fruit du hasard où tu te destinais à devenir comédien ?
J’ai toujours eu envie de jouer, d’interpréter des rôles. Quand j’étais petit, dès que je finissais un livre, j’allais me déguiser tel que j’imaginais le personnage de l’histoire. Ce genre de choses imaginaires… Me déguiser, interpréter des personnages, ça a été dans mon esprit depuis toujours.
Et comment ton entourage, tes amis, ta famille ont réagi au fait que tu débutes une carrière au cinéma ?
Je ne sais pas… J’espère qu’ils le prennent bien. Ils sont très encourageants en tout cas. J’ai grandi à Los Angeles en connaissant beaucoup de personnes dont les parents travaillaient dans le cinéma depuis un certain temps. Même si mes parents ne font pas partie de ce milieu, ce n’est pas comme si j’avais vécu dans une petite ville perdue des États-Unis. Ce que je veux dire c’est qu’ils sont parfaitement conscients de tous les enjeux et des risques d’une carrière au cinéma. Ils sont assez motivants, réalistes et rationnels là-dessus pour que je ne sente pas de distance entre eux et ce que je fais. Tu sais, ce sont eux qui m’ont donné le goût des films, en me faisant découvrir de vieux Chaplin, des films des frères Marx, etc.
Comment as-tu décroché le rôle de Bennie dans Tetro ?
J’ai passé une audition. Une semaine après, un des producteurs du film, Fred bruce m’a rappelé pour rencontrer Francis. Il m’a fait faire une lecture d’un extrait de The Catcher in the Rye (l’Attrape-cœurs, ndr) de J. D. Salinger. Un mois après, j’ai su que j’avais le rôle et je me suis mis en route pour l’Argentine.
Tourner avec Francis Ford Coppola est le rêve ultime de nombreux acteurs. Comment as-tu réagi quand tu as su que tu avais le rôle ?
C’était un rêve… Je ne peux pas l’exprimer avec des mots… Tu comprends? Beaucoup de gens m’ont posé la question, et il n’y a pas de mots pour y répondre. J’en ai toujours rêvé, toute ma vie, de participer à un film comme celui-là, de travailler avec des gens comme ça. C’est comme un rêve éveillé. C’était parfait pour moi à tous points de vue. D’abord parce que Francis est l’un de mes réalisateurs préférés, de tous les temps. Puis, il y a l’histoire, le fait que le film parle de fraternité, du rapport au père… Ce sont des thèmes très importants pour moi. Le noir et blanc, l’uniforme, les flashbacks… Tout dans ce film correspond à ce qui m’a fait aimer le cinéma depuis mon enfance. D’un côté, c’est tout ce dont j’ai toujours rêvé qui se réalise enfin, mais de l’autre, c’est un peu absurde et inquiétant parce que je fais quoi maintenant ? C’est une question que je me suis posé pendant tout le tournage. J’ai réalisé que je ne pouvais pas garder le même rêve. L’important pour moi, à présent, est de trouver quelque chose d’autre qui m’inspire autant, quelque chose de nouveau, de différent…
Vincent Gallo est très apprécié en France, vos deux personnages sont très proches dans le film, comment c’était de travailler avec lui ?
Oui c’est vrai, j’ai appris qu’il était très considéré en France. C’est un homme fascinant. Sa manière de voir le monde est tellement passionnante et conceptuelle. Je crois que c’est la personne la plus intéressante et complexe que j’ai jamais rencontrée. On restait assis, pendant des heures à discuter, je lui posais mille questions. Faire mon premier film avec quelqu’un d’aussi cultivé et créatif que lui, était extrêmement stimulant pour moi. Mais ce que peu de gens savent, c’est que Vincent est surtout très drôle. Sincèrement, je n’ai jamais vu une personne qui ait autant le sens de l’humour. J’avais des fous rires tout le temps. Certaines personnes imaginent Vincent sombre, austère, alors que c’est juste quelqu’un de très drôle avec un sens pointu et radical de l’esthétique et des valeurs.
Tu a été comparé à de grands acteurs, comme Marlon Brando ou Leonardo Di Caprio… Qu’est-ce que ça te fait d’être devenu un sex symbol à seulement vingt ans ?
C’est énorme pour moi ! Je n’ai pas du tout l’impression d’être un sex symbol, je ne suis même pas une star, mais malgré tout je suis confronté à ces acteurs ! Mon sentiment est simplement qu’aujourd’hui on ne peut pas s’empêcher de comparer. Tu vois ce que je veux dire, quand tu dois faire le pitch d’un film, tu dois dire que c’est entre tel film et tel autre. Et c’est la même chose avec les acteurs, on essaie de les catégoriser pour mieux les vendre. pour moi, c’est extrêmement flatteur. C’est incroyable d’être confronté à des gens que j’admire et qui m’enseignent par leurs films tellement de choses. En même temps, je trouve cela très représentatif de notre époque, d’être systématiquement comparé ou jugé… Ces personnes sont beaucoup plus âgées, elles font partie des meilleurs acteurs de l’histoire. Ce serait beaucoup plus intéressant de trouver nos propres références, non ?
Qu’est-ce que tu penses du cinéma français ?
J’aurais vraiment aimé en savoir plus… Pour être honnête, je suis tellement englouti dans le cinéma américain que je n’ai pas vu beaucoup de films français. Mais je pense que les Quatre Cents Coups de François Truffaut est l’un des films les plus brillants et éblouissants de tous les temps. J’essaie de me souvenir d’un autre film français que j’ai vu… Il y a ce très joli film sur un petit garçon qui chante… les Choristes. J’ai entendu dire que c’est un vrai phénomène. J’aimerais quand même voir plus de films français.
À quoi ressemble ta vie à New York ?
Je vis à East Village et je vais à NYU (New York University). Pendant ma première année à l’Université, je faisais beaucoup la fête… Plus trop, maintenant. J’ai intégré une compagnie de théâtre qui regroupe des étudiants de NYU et de Columbia. On se retrouve chaque semaine pour faire des exercices, des improvisations, on essaie d’écrire un scénario de film et une pièce de théâtre. En ce moment, la plupart des scénarios que je reçois ne sont pas très intéressants, c’est pour ça que ces projets m’inspirent et me font évoluer. Cette compagnie est à cet instant la chose la plus créative à laquelle je participe.






